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Signes et Balises

vendredi 22 juillet 2016, par Gérard Lambert - Ullmann

Une rencontre récente avec la traductrice Anne-Laure Brisac m’a fait connaître la maison d’édition Signes et balises qu’elle a mise en route. La qualité des cinq livres qui débutent la production de cette maison me donne envie de les faire découvrir.

Athénes-Disjonction de l’écrivain grec Christos Chryssopoulos est le résultat de nombreuses promenades dans la ville et dans ses « trous noirs ». Des photos, qui ne sont pas voulues comme des « illustrations » du propos de l’auteur mais comme moment solidaire du texte, suscitent un regard aigu sur la manière dont le corps de la ville se lézarde, gagné par les fermetures de magasins, les squats, les gens qui dorment dans la rue, la « pauvreté (qui) pervertit. Le malheur (qui) déshumanise ». Fouillant avec acuité dans ce labyrinthe Christos Chryssopoulos dénude la ville avec « la nervosité de l’homme qui respire avec peine et fébrilité le peu d’air qui lui reste ». Le résultat est, paradoxalement, d’une émouvante beauté.
Christos Chryssopoulos, Athènes-Disjonction, 90 p. 14,50 €

Le Lycéen résistant d’Ivan Denys est un intéressant témoignage sur l’engagement d’un adolescent dans la résistance à l’occupation nazie. On est partagé entre l’étonnement devant le courage paisible et un peu inconscient de cet adolescent et une sorte d’irritation sur le fait que cela ne soit plus que de l’Histoire qui peut se lire si tranquillement alors que la manière dont des vies s’y sont mises en jeu était si forte. Voilà un récit dont il faudrait conseiller la lecture aux adolescents d’aujourd’hui.
Ivan Denys, Lycéen résistant, 220 p. 15 €

Dans L’histoire de Daniel V. très bref texte de Pierre brunet, la guerre d’Algérie frappe par gifles régulières qui laissent complètement sonné. Un soldat, croisé pendant cette guerre, est évoqué de façon très elliptique par quelques actes qui disent tout de l’imbroglio de la situation et de ses ambiguïtés, comme du désarroi de ceux qui y furent jetés. Cette manière d’attraper l’Histoire par le petit bout de la lorgnette (ou, plutôt, du pistolet-mitrailleur) est captivante.
Pierre Brunet, Histoire de Daniel V. 56 p. 8 €

La traîne-sauvage, Dialogue entre Rosine Crémieux, ancienne résistante du Vercors, déportée à Ravensbrück, devenue ensuite psychanalyste, et un de ses collègues, Pierre Sullivan, est un témoignage atypique d’une grande force sur un pan de l’univers concentrationnaire. On est presque stupéfait par la manière apaisée dont Rosine Crémieux évoque ce qu’elle a vécu, refusant de « s’enferrer dans la haine » et de devenir une héroïne « empaillée », un « monument historique ». Comme son interlocuteur d’ailleurs qui avoue : « votre histoire me bouleverse, votre ton souvent allègre ne diminue pas, au contraire, mon émotion ». C’est un dialogue d’une grande sincérité dont le fait d’être engagé avec un tel recul renforce l’honnêteté. Ce devrait être, selon moi, un livre majeur pour la compréhension de ce que fut la déportation dans ce type de camps (différents des camps d’extermination) et la manière dont elle fut vécue par ses victimes.
Rosine Crémieux, Pierre Sullivan, La traîne-sauvage, 212 p. 17 €

Enfin, on se régale à la lecture de Minsk, Cité de rêve, du Biélorusse Arthur Klinau. C’est une réussite dans l’art de passionner le lecteur en évoquant une ville, même et surtout s’il ne la connait pas. L’humour tout en finesse qui explore les « sucreries architecturales » et la vie qui se déroulait sous leur « soleil » et dans leur ombre, l’ironie joliment grinçante sur « la plus heureuse des sociétés » -celle du « soviétisme » finissant- font de ce récit une petite perle.
Arthur Klinau, Minsk, Cité de rêve, 220 p. 20 €

Editions Signes et Balises, 15-29 rue Guilleminot, 75014 www.signesetbalises.fr