Accueil > Conseils de lecture > Toujours à la carte > Les mouettes sur la Saône

Les mouettes sur la Saône

mercredi 5 août 2009, par Gérard Lambert - Ullmann

Dans ce paysage d’eau, le temps agit comme une pluie délayant les aquarelles. Il vient lentement ronger les gestes des hommes et les gaietés de l’enfance, comme l’eau souterraine s’infiltre dans la grande maison et y installe moisissures et pourrissement.

Mais il y a, d’abord, le bonheur des étés et des baignades dans la Saône, dans cette campagne des années 1920 où les moissons sont encore une fête, rude mais joyeuse. Dans cette maison que les paysans appellent « le château » parce qu’elle a un toit en ardoises, s’ébat cette grande famille faite de bric et de broc, la mère « veuve de guerre », les grands-parents, les oncles, sportif ou alchimiste, la tante anglaise, l’autre « vieille fille », le jardinier, les « bonnes » Polonaises ou Irlandaises, les amis de passage, et les enfants : le narrateur et son cousin « retardé » Frédéric, ou Bill, surnommé par son père « le Bouib » puis « le Babouin ».

Ces deux là sont plus que complices, inséparables, ils s’entendent sur tout : les jeux, parfois bizarres, le dédain des adultes et l’irrespect pour leurs codes, les errances avec les bergers, le long des ruisseaux, de l’étang, des marais.

Car l’eau est partout. Et c’est à son rythme sinueux que s’avancera la dégradation des êtres, des comportements, et de l’immense fraternité des enfants. À mesure qu’ils grandissent, ils s’écartent, se perdent, et le Bouib se durcit dans une solitude désemparée. Il ne retrouvera l’attention de son cousin que bien plus tard, en mourrant.

De ce récit qui pourrait sembler banal, coule (c’est le cas de le dire) un charme étrange : celui d’un monde simple et doux qui s’efface sous nos yeux. Ce livre est tout mouillé de pure mélancolie.

Jacques Chauviré, Les mouettes sur la Saône, Le temps qu’il fait, 23 €.