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La Géante

vendredi 4 septembre 2020, par Gérard Lambert - Ullmann

C’est un homme qui « pour combattre savait rire ». Il était venu là, à l’ombre de la montagne, la Géante, se cacher ? Non. Fuir ? Non. Mais se coltiner seul avec son mal, ça oui. « Cet homme ignorait tout des plantes d’ici et apparemment beaucoup de la montagne, mais il semblait connaître un peu du reste du monde, de ses couleurs, de ses lumières, de ses guerres et de ses trahisons ».

Elle ? Elle n’a jamais quitté la montagne où elle a été « élevée sans broderies », dressée à l’évidence que « la vie n’est pas sans épines ». Elle « connait par cœur, la Géante, ses bêtes et ses caillasses, ses fougères à moustache et ses fausses gentianes qui donnent la chiasse ». Elle la connait comme la poche de sa blouse, « comme l’odeur des cendres froides et des matins sans amour ». Ses jambes sont rodées à y user toute leur énergie mais « elles n’ont jamais tremblé d’impatience ou de plaisir. Elles ne savent pas ce qu’est courir vers le bonheur ».

Mais elle va le découvrir en se mettant à lire avant de les transmettre les lettres de l’amoureuse lointaine, des lettres qui rendront flagrant ce qu’est « l’amour qui prend toute la place » et qui chambouleront à jamais sa vie rugueuse.

De cette révélation, et des bouleversements qui vont s’ensuivre, la Géante, est plus que témoin. Cette montagne qui « s’accroche à ses millénaires » est le théâtre palpitant de cette aventure. Ses rocs, ses gentianes, ses cent cascades, son bois noir, son « vestibule du diable », son sorbier des oiseaux, et ses immortelles bleues introuvables, sont autant de comparses de cette histoire qui confirme magnifiquement qu’ « aucun cri n’a de poids face à la mort » mais que quand l’amour déchire la terre gelée le coucou retarde son chant.

Laurence Vilaine, La Géante, Editions Zulma, ISBN 9782843049736, 17,50 €